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Arbitrage Ligue 1

Joueurs, supporters, entraîneurs, présidents de clubs et de ligue… tout le monde a pris l’habitude de taper sur les hommes en noirs. Même la fifa qui s’est chargée de punir l’arbitrage français en n’en sélectionnant aucun pour officier lors de la Coupe du monde au Brésil. Et ce n’est pas les dernières prestations et erreurs de jugement commises récemment en Ligue 1 qui arrangent l’image de l’arbitrage à la française… pourquoi nos émissaires, pourtant bien représenté s il y a encore une quinzaine d’années, sont-ils subitement devenus insipides?

Pourquoi le fiasco français à la Coupe du Monde ?

Cela faisait exactement 40 ans et la Coupe du Monde 1974 en Allemagne qu’aucun Français n’avait pas été sélectionné pour arbitrer une rencontre du tournoi mondial. Encore apprécié il y a quelques années, notamment à la fin des années 80 quand Michel Vautrot fut élu deux fois de suite meilleur arbitre du monde en 1988 et 1989, l’arbitrage français a perdu de sa superbe jusqu’à cet ultime affront de la Coupe du Monde 2014. Il y avait bien Norbert Hauata, arbitre tahitien faisant partie d’un trio océanique choisi pour participer à l’évènement, mais cette présence cache un véritable dysfonctionnement de l’institution arbitrale en France depuis quelques années. Car la FIFA sélectionne ses arbitres en fonction d’un critère géographique peu discutable, avec un contingent par zone (qui a diminué depuis quelques années), mais aussi en fonction de « la personnalité et la qualité de leur compréhension du football en termes de lecture du jeu et de reconnaissance des approches tactiques des équipes dans chaque match », selon ses propres termes. Et c’est précisément là que le bât blesse. Si la direction technique de l’arbitrage a opéré un changement à l’été 2013 avec l’arrivée de Pascal Garibian, l’aire Marc Batta depuis 2004 semble avoir fait son effet sur la qualité actuelle des effectifs. Outre un scandale lié au système de notation auquel les revenus des arbitres français étaient liés (système qui a heureusement évolué depuis), certains pointent surtout le manque d’approche psychologique au profit de la préparation physique pour expliquer la perte de notoriété du contingent français au niveau Européen et international. Résultat, Stéphane Lannoy, meilleur arbitre français de ces dernières années qui avait officié en demi-finale de l’Euro 2012, s’est fait évincer de la sélection finale pour le Brésil. Il faut également noter que son dernier match de haut niveau, le 8ème de finale de Ligue des Champions Barcelone-Manchester City (2-1) en mars 2014 n’avait pas donné une grande image de sérénité… Qu’en sera -t-il pour l’Euro 2016 ?

La formation française est elle dépassée ?

La formation française serait-elle donc totalement à la masse ? À en croire les acteurs principaux du monde du foot, il n’y a qu’un pas pour tirer une conclusion aussi rapide. Jean-Michel Aulas, président de l’Olympique Lyonnais, s’en est rarement autant plaint que la saison dernière, et pas forcément à tort. L’ancien arbitre Gilles Vessière avait carrément déclaré que Stéphane Lannoy « n’avait pas sa place (au Brésil NDLR). Quand on voit les arbitres sélectionnés, il n’a pas ce niveau là. On ne l’envoie pas les yeux fermés sur des matches à hauts risques. » Voilà pour les compliments. Léonardo, ancien directeur sportif du Paris-SG, s’était carrément posé la question de la préparation et du niveau de professionnalisme du corps arbitral hexagonal : « Je ne sais pas ce que les arbitres font pendant la semaine, s’ils sont professionnels ou pas. Je ne sais pas s’ils ont d’autres boulots, ou s’ils ne préparent que ça. Mais si on parle de football professionnel, tout le monde doit être professionnel. » Léo ne le savait pas au moment de s’interroger, mais les arbitres français ne possèdent pas le statut professionnel, contrairement à l’Angleterre, l’Espagne et le Portugal, mais celui de travailleurs indépendants. Ils ont donc théoriquement bien un travail en parallèle, mais bénéficient en général de commodités pour se consacrer à l’arbitrage, tout du moins pour les arbitres centraux, moins pour les assistants. Dans les colonnes de Ouest France, le vice président du Syndicat des Arbitres du Football d’Élite Laurent Ugo, réclamait vouloir « être assimilés à des sportifs de haut niveau. Et pour cela, il nous faut des moyens. On ne demande pas un million d’euros par mois et ce n’est pas parce qu’on serait bien payé qu’on deviendrait exceptionnel. Nous, on ne se bat pas tant pour le salaire que pour le statut. On veut être plus encadrés, mieux suivis. » Suite aux dernières prestations désastreuses en championnat de France, Thierry Braillard, Secrétaire d’État chargé des Sports a lui-même relancé le débat d’une professionnalisation de l’arbitrage français.

Sont-ils trop gourmands ces arbitres ?

Comme le dit Laurent Ugo, l’argent ne résoudrait pas tout, encore moins la conception française de l’arbitrage qui protège le joueur au détriment de la fluidité du jeu, tandis qu’à l’étranger, et notamment en Angleterre, l’effet est inverse, et les joueurs n’en sortent pas plus blessés… Mais n’étant pas à proprement salariés de le Fédération ni de la Ligue, les arbitres doivent prendre à leur charge un certain nombre de frais, notamment ceux qui concernent la préparation. Pour cela, ils peuvent tout de même compter sur des indemnités d’environ 3 000 euros par match pour un arbitre central, plus une prime fixe d’un même montant par mois. La FFF est l’employeur des arbitres, et la LFP paye 11 millions d’euros par an pour ce service. En Premier League anglaise, seul championnat uniquement composés d’arbitres professionnels, le salaire est supérieur à 20 000 euros par mois, tandis qu’en Allemagne et au Portugal, il n’y a que des indemnités de match. Les Français ne sont donc pas tant à plaindre que cela. Cependant, le « métier » ne semble pas attirer, puisque la FFF comptabilisait 28 041 arbitres en 2007, contre 24 997 en 2013…

Que vaut notre meilleur arbitre face au meilleur arbitre du monde ?

Notre meilleur arbitre français du moment est Stéphane Lannoy, qui fait partie des 10 arbitres français à appartenir au groupe FIFA, c’est-à-dire le plus haut niveau de qualification qu’un référé puisse atteindre. Celui qui a le plus la cote en ce moment est l’anglais Howard Webb, élu meilleur arbitre du monde en 2010 et 2013 par l’IFFHS (International Federation of Football History & Statistics), même si c’est l’Italien Nicola Rizzoli qui officiait lors de la finale au Brésil. Webb peut se targuer d’avoir été désigné pour arbitrer la finale de 2010, celle de la Ligue des Champions la même année, et sa prestation en Coupe du monde 2014, notamment lors d’un match compliqué entre le Brésil et le Chili en 8ème de finale, fut quasiment parfaite. La non-sélection de Stéphane Lannoy parle contre lui, et sa dernière prestation au haut niveau européen, en 8ème de finale de la Ligue des Champions entre Barcelone et Manchester City en mars 2014 fût compliquée, avec des pénaltys oubliés, un but refusé et un carton rouge pour contestation distribué… Il a tout de même arbitré la demi-finale de l’Euro 2012 entre l’Allemagne et l’Italie, ce qui prouve qu’il n’est pas si loin du top niveau, mais manque peut-être de constance. Cependant, à 44 ans, l’arbitre français est à moins d’un an de la retraite. Mais la jeunesse est tout de même présente, avec quatre nommés parmi les arbitres FIFA nés dans les années 1980 : Benoit Bastien, Benoit Millot, Nicolas Rainville et Clément Turpin. Force est de constater que les dernières prestations de ces deux derniers (Lens-PSG avec 3 cartons rouges et PSG-OM avec une expulsion inexistante) ne plaident pas en leur faveur…

La Ligue 1 est-elle prête à évoluer et innover ?

Difficile de dire si les évolutions vont dans le bon sens, mais la nomination de Pascal Garibian à la tête de la direction technique nationale semble avoir calmé les luttes de clans. Les arbitres semblent vouloir pousser à une professionnalisation du rôle de l’homme en noir, mais ils ne sont pas les seuls décisionnaires, et la FFF comme la LFP sont des machines institutionnelles plutôt… conservatrices. Un changement n’est pas à prévoir avant l’horizon 2016, selon Pascal Garibian. Elles ont cependant opté pour quelques nouveautés au départ de cette saison, comme l’adoption de cette petite bombe de mousse mise entre les mains des arbitres pour faire respecter les distances adverses sur coups francs. On n’en est pas encore à l’adoption de la vidéo, ce serait trop simple, même si le système de Goal Line Technology est adoptée par la LFP pour les matches de Ligue 1 à partir de la saison 2015-2016… On peut jeter un oeil au rugby qui, concernant la vidéo toujours, lorsqu’elle est utilisée, doit répondre à la question : y-a-t’il une raison de ne pas accorder cet essai ? A méditer. L’instauration de cinq hommes sur le terrain est une bonne initiative, même si le rôle et l’influence des arbitres derrière la surface semblent encore flous… Les défaillances font partie de la vie de l’arbitre, Michel Platini ne cesse de le répéter. Gage aux hommes en noir, à la Ligue et à la Fédération de synchroniser leurs forces pour faire en sorte que ces erreurs soient moins préjudiciables à l’image et à la qualité de l’arbitrage français, car les excuses de Frédéric Thiriez ne seront pas toujours suffisantes pour calmer les esprits lorsqu’il s’agit de faire le compte en fin de saison…