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Bielsa NewellsOld Boys

L’entraîneur argentin a débarqué en France précédé d’une sacrée réputation que ses six premiers mois à l’OM n’ont fait que nourrir et renforcer. alors, Loco or not Loco ? qui êtes-vous, marcelo bielsa ?

Sa vie ? Tout sauf un long fleuve tranquille. Le 7 août dernier, sa toute première conférence de presse marseillaise n’y a pas échappé. En substance, cela donnait :

« Bonjour MonsieurMarcelo Bielsa, avant toute chose, pourquoi ce surnom d’el Loco (le Fou) ? Réponse de l’intéressé : parce que certaines réponses que j’ai formulées pour résoudre des situations données ne correspondaient pas aux habitudes des gens. »

Une manière élégante de faire les présentations, et une réponse comme une devise, tant Marcelo Bielsa a, dès le début, mis quelques points sur des i quand d’autres attendaient une barre sur le t. Né à Rosario (la ville de Messi bien sûr, mais aussi le berceau du Che Guevara), Marcelo est un fils de bonne famille. Pas bo-bo, vraiment bourgeois. Chez les Bielsa, le grand-père reste encore aujourd’hui une référence dans le domaine du droit argentin. Le père fut un avocat renommé et redouté. Sa mère un professeur émérite de lettres à l’université. Son frère l’a joué multicartes : avocat comme papa, mais aussi écrivain, député et même ministre des affaires étrangères !

On en oublierait presque sa soeur, architecte et un temps vice-gouverneur de la province de Santa-Fe. Sacré portrait de famille. On voit d’ici le tableau, le repas du dimanche midi, la grande table ciré et le service porcelaine à l’heure de l’asado (le barbecue). « Et toi Marcelo, tu feras quoi quand tu seras plus grand ? » Pas sûr que la cuisson de la viande, la première fois, fut au goût de tous… Oui, tout petit déjà, Marcelo voulait être footballeur. Roman Iucht, célèbre journaliste argentin spécialisé foot qui écrit aujourd’hui pour Canchallena (la version digitale de La Nacion, le grand quotidien argentin) et auteur de la bio du chef « Le stratège et le fou », témoigne.

« Sa famille était si prestigieuse. Lui, c’était le rebelle. Mais il avait tellement envie d’être footballeur qu’un beau jour, ses parents n’ont pas pu s’y opposer plus longtemps. C’est lui qui a gagné. Ce fut sa première victoire. »

C’est aux Newell’s Old Boys qu’il débute sa carrière pro. Nous sommes en 1976 et, déjà, il n’y a que les Newell’s qui comptent. Marcelo joue défenseur central et passe le plus clair de son temps à replacer ses partenaires. Il corrige, il encourage. L’âme d’un leader plus que d’un grand technicien, il ne laissera pas un souvenir impérissable sur les pelouses argentines. Il voulait devenir meilleur en tout, mais ses talents limités balle au pied plus une sale blessure au genou auront raison de sa carrière.

Newell’s donc, puis Instituto de Cordoba et Argentino de Rosario. Rien de bien folichon. Une carrière en forme de série B et un stop brutal. Année 1980. Un rêve de gosse, le rêve d’une vie, brisés. Marcelo se tourne vers la préparation physique, il devient prof de sport et intègre, dans le même temps, la cellule de recrutement à Rosario, chez les Newell’s, en plus de la prise en charge des équipes de jeunes. Et, surprise, il prend les choses très à coeur ! Il met sa vie entre parenthèse, prend ses chevrons, sa Citroën et un petit cahier.

Carnet de voyages au pays du Che Bielsa

Pendant un an, il sillonne le pays de fond en combles, parcourt plus de 25 000 kilomètres, et sonde, dans chaque village qu’il croise, la personne du bled qui connaît le mieux le football. La prise de notes commence. Un vrai carnet d’art et d’essai. Tout un roman.

« Si j’ai besoin d’un buteur gaucher de grande taille, je l’ai dans mon cahier. Et si chez lui il n’y a pas de téléphone, j’ai le numéro du magasin le plus proche où je peux l’appeler. Et s’il n’y a pas de magasin, j’ai le numéro du marchand de journaux ou du coiffeur. »

La légende raconte qu’après qu’on lui eut parlé d’une petite pépite de 13 ans dans la province de Santa Fe, il s’est rendu au domicile familial en plein coeur de la nuit, et a insisté auprès des parents pour pénétrer dans la chambre du minot. Il ne verra que les jambes du kid endormi, et se montrera convaincu. La carrière de Mauricio Pochettino (ancien du PSG et actuel entraîneur de Tottenham, un autre de ses plus fervents disciples aujourd’hui) a démarré dans un rêve… La légende rappelle que c’est avec une autre lampe torche peut-être mais avec le même flair, à coup sûr, qu’il a repéré un certain Batistuta, Gabriel de son prénom. Et pendant c’temps-là, Newell’s ? Sous la houlette de José Yudica, le club de Rosario, qui était considéré comme l’une des meilleures équipes d’Argentine (vicechampion en 1986 et 1987, finaliste de la Copa Libertadores 1988 face au Nacional Montevideo, les Old Boys déployaient un jeu chatoyant et résolument tourné vers l’offensive), arrivait en fin de cycle. Pire, une série de défaites plonge l’équipe dans les profondeurs du classement, à quelques centimètres de la zone de relégation.

Le timing est serré, les dirigeants cherchent un nouveau coach, un nouveau souffle. Pas vraiment le moment idoine pour lancer dans la bagarre un jeune formateur de trente-cinq piges ? Ni une, ni deux, Marcelo fonce dans le bureau et, pendant près d’une heure, expose sa vision des choses. Tout y passe, le club, l’équipe, le football. Une heure comme un grand oral, entre improvisations, prospections et cris du coeur. L’auditoire est abasourdi. « Celui-là, c’est un phénomène. Il faut que ce soit lui ! »

Quand marcelo devient entraîneur de Newell’s Old Boys, Bielsa ressuscite.

L’aventure démarre par le souvenir de Jorge Castelli, l’ancien préparateur physique de Boca Juniors que Bielsa veut inclure coûte que coûte dans son projet. Marcelo se rend à Buenos Aires pour le rencontrer et lui présenter le projet. Le courant passe bien entre les deux, le second accepte vite d’embarquer aux côtés du premier. Bielsa veut se concentrer sur les aspects tactiques, et confère d’entrée à Castelli un rôle fondamental dans l’organisation. C’est là, juste entre le café et l’addition, que le nouveau préparateur demande au nouveau boss. « Marcelo, quels joueurs penses-tu recruter ? Des types plutôt expérimentés je suppose ? » Marcelo Bielsa : « Non, pas du tout. Ma charnière centrale sera composée de Gamboa et Pochettino. » L’autre : « Mais ils n’ont même pas 20 ans. On va les tuer, ils ne vont pas tenir longtemps ! » Marcelo : « Reste tranquille et fais-moi confiance. Je connais ces garçons. Je les forme depuis les divisions inférieures. Ils ont toute ma confiance. » Les règles exposées lors de son fameux grand oral se mettent en place, au premier rang desquelles une nouvelle politique d’austérité à tous les étages. Et un mot en lettres capitales floqué sur tous les survêtements : humilité.

Pour Bielsa, c’est clair, le meilleur moyen de tirer le maximum d’un joueur réside dans la privation de tous les luxes qui dessinaient son quotidien. Hôtel bas de gamme, déplacements en bus et programme chargé. Ou alors, même pas d’hôtel, comme lors de la préparation et de la tournée des matches amicaux, quand le minibus de l’équipe s’est retrouvé devant un pensionnat miteux, quelque part entre Bagdad Café et U-Turn. Les joueurs n’ont pas du tout rigolé. Marcelo non plus. « Les gars, avec le préparateur, on a jeté un coup d’oeil à l’endroit. Les chambres sont vraiment modestes. Il n’y a que deux possibilités. Soit on s’en va, soit on reste. Donc, on reste. »

Portrait Acte 1/3. En complément de se portrait, sur cet article nous vous proposons également de découvrir tous les pétages de plomb de Bielsa durant sa carrière de coach.
La suite de se protrait sera publié le 06 février 2015