Totale actu foot, mercato, ballon d'or

fifa ballon d'or actualité euro 2016 programme foot programme foot
pub

Bielsa à l'om

Retour gagnant à Vélez et sélectionneur au long cours

Portrait de Marcelo Bielsa Acte 3/3. Accéder au 2ème acte du Portrait sur Marcelo Bielsa !

C’est en 1997 qu’il reprend du service au pays, mais pas au bled. Cap sur Buenos Aires cette fois, et le Vélez Sarsfield, l’équipe qui gagne tout depuis trois ans en Argentine et ailleurs (championnat, Copa Libertadores et même Coupe Intercontinentale en 1994 contre l’AC Milan), mais qui ne se remet pas du départ de son mentor, Carlos Bianchi, parti sur le banc de l’AS Rome.

Marcelo Bielsa remet la main à la pâte, et la pâte le sent : tous les jours, il interroge le jardinier sur la qualité et la hauteur de la pelouse, afin de mieux définir les priorités tactiques ! A Vélez, il dessine lui-même les plans de l’hôtel des joueurs, avec des chambres assez petites « pour annuler toute idée de faire la fête. » Architecte et visionnaire, en plus. Retour gagnant, Vélez et son emblématique gardien de but paraguayen Jose-Luis Chilavert remportent le championnat de clôture 1998, et El Loco, toujours dans le très court terme… ripe à nouveau ses gaules. Pour la première fois de sa vie, il franchit l’Atlantique.

Direction l’Espanyol Barcelone mais entre la crème catalane et l’appel du pays, le choix est vite vu. Après six matches seulement sur le banc des Catalans, Marcelo Bielsa remonte dans l’avion et prend le vol retour. Il prend la succession de Daniel Passarella à la tête de l’Albiceleste, qui vient de se faire éliminer en quart de finale de la Coupe du monde à Marseille par les Pays-Bas, et un but d’extra-terrestre de Dennis Bergkamp. Une autre vie va commencer. Sélectionneur argentin pour les quatre prochaines années et la Coupe du monde asiatique de 2002, Marcelo, c’est nouveau, se projette dans le long terme. L’histoire commence plutôt mollement pourtant avec une élimination en quart de finale de la Copa America 1999 par le Brésil (2-1), après que Martin Palermo eut manqué trois pénaltys dans le même match contre la Colombie, en poule !

Mais l’histoire va prendre une tout autre tournure lors de la campagne éliminatoire pour l’Asie, puisque l’Argentine réussit le meilleur parcours de son histoire : avec Batistuta, Crespo, Veron et les autres, l’Albiceleste façon Bielsa compile 13 victoires en 18 rencontres, 42 buts marqués et un visage ultra offensif. L’Albiceleste se pointe au Japon avec l’étiquette du favori. Elle sera, pour la première fois de son histoire (et la seule), éliminée dès le premier tour. Un échec qui va profondément marquer Marcelo, qui avait exigé la livraison par container de 7 000 cassettes sur place afin de mieux étudier ses adversaires ! Pendant plusieurs mois, il reste prostré chez lui, à Rosario. « Quoi que j’accomplisse dans le futur, rien ne pourra faire disparaître cette tristesse. » Il se réfugie dans la lecture. A la maison mais en prison. La Fédération veut qu’il reste, il finit par accepter et il a raison : si l’Argentine pleure encore en finale de la Copa America 2004 contre le Brésil, Marcelo et les jeunes pousses montent sur la plus haute marche du podium aux Jeux Olympiques d’Athènes. Une médaille d’or comme une revanche personnelle sur lui-même, c’est avec les jeunes qu’il offre à l’Argentine le seul titre qui manquait à son palmarès avec des penchants surréalistes : 17 buts marqués, dont huit pour un Apache qui répond au nom de Carlos Tevez, aucun encaissé ! Encadrée par Ayala, Heinze et Kily Gonzalez, la jeune garde ciel et blanche a pour nom Mascherano, d’Alessandro, Tevez et Lucho Gonzalez. L’ancien meneur de l’OM se souvient de ces quelques semaines particulières.

« Quand on a perdu la finale de la Copa America aux tirs au but face au Brésil, il était en pleurs, il souffrait plus que nous. Et puis, d’un seul coup, il a séché ses larmes et nous a demandé le CD que l’on écoutait toujours dans le vestiaire, avant chaque rencontre. Vous allez voir, à Marseille, il n’a pas fini de surprendre. »

Roberto Ayala et Javier Mascherano non plus n’ont pas oublié.

« Parfois (Ayala), on ne voyait jamais les attaquants et les milieux de terrain. On s’entraînait tous séparément, avec des ateliers très spécifiques. Du coup, cela renforçait nos liens entre défenseurs. C’est quelqu’un de très novateur, sûrement l’un des coaches auprès duquel j’ai le plus appris. – Avec Marcelo (Mascherano), je n’ai jamais terminé un entraînement sans avoir appris quelque chose. »

N’empêche, Bielsa ne se sent pas assez soutenu par son Président Grondona dans le conflit qui l’oppose continuellement à Valence et à l’Inter Milan au sujet de la mise à disposition de ses joueurs, et Bielsa fait encore du Marcelo : deux semaines après la finale olympique, il jette l’éponge avec la médaille toujours autour du cou. En six ans, son bilan final à la tête de l’Argentine sera donc le suivant : 56 victoires, 18 nuls et 11 défaites.

Le Chili, l’autre pays du football

Marcelo Bielsa prend la succession de Nelson Acosta en août 2007 à la tête d’une sélection chilienne au fond du trou depuis les retraites de Marcelo Salas et d’Ivan Zamorano. Des éliminations au premier tour de la Copa America, des dernières places au classement lors des éliminatoires des Coupe du monde 2002 et 2006, un véritable championnat en Amérique du Sud, voilà le tableau de marche d’une Roja qui rampe à la traîne du continent. Sans perdre de temps, Marcelo revoit de fond en combles la politique fédérale et instaure le même schéma de jeu pour toutes les sélections : des plus jeunes à la A. Le Chili jouera en 3-4-3 ou ne jouera pas.

La révolution Bielsa est en marche sur la Roja, et la Roja, à ne plus ramper, marche de mieux en mieux. Deuxième des éliminatoires pour la Coupe du monde 2010, elle échoue à un petit point seulement du Brésil. L’équipe s’appuie pour l’essentiel sur sa jeunesse triomphante, troisième de la Coupe du monde U20 en 2007 emmenée par Arturo Vidal, et sur l’efficacité de Humberto Suazo, qui termine meilleur buteur des éliminatoires de la zone AmSud avec 10 réalisations. En Afrique du Sud, la fougue, la jeunesse et les qualités techniques de l’équipe de Bielsa marquent la Coupe du monde de leur empreinte. Surtout, elles soulèvent une vague d’émotions terrible dans le pays, qui porte Marcelo Bielsa aux nues. Deux victoires et une courte défaite contre les futurs champions du monde espangols (2-1), la Roja s’incline en huitième de finale contre le Brésil (3-0), mais les joueurs et leur entraîneur rentrent en héros à Santiago. Le 4 février 2011, le pays tout entier pleure quand Marcelo annonce son départ. Mais, en cadeau, il laisse de l’or en héritage (voir par ailleurs).

Bilbao, l’autre révolution

Josu Urrutia, fraîchement élu Président de l’Athletic Bilbao, est un Président qui tient ses promesses. Il nomme donc Marcelo le 7 juillet 2011. Bielsa succède à Joaquin Caparros et le curseur est assez haut placé : les Basques ont atteint la finale de la Coupe d’Espagne et se sont classés 6ème en championnat. Mais Bielsa, outre les objectifs chiffrés, est aussi là pour développer une autre idée du football au pays de l’Athletic qui, comme son nom l’indique, a des gènes britanniques dans le sang, et est toujours plus proche du « kick and rush » que du « toqué ». Le résultat sera au-delà des espérances. En deux saisons, l’Athletic d’el Loco séduit l’Europe entière et fait mordre la poussière aux plus grands.

Finaliste de la Coupe du Roi, finaliste de la Ligue Europa, après, notamment, avoir giflé Manchester United à Old Trafford. Deux saisons à part dans l’univers de San Mames, qui s’apprêtait à faire peau neuve, et pour ses supporters si chauds, si bouillants. Début octobre, L’Equipe reprenait le mots du journal El Pais dans une pleine page consacrée à Bielsa : « D’ici, on voit la fumée de Marseille. Son passage fut un ouragan qu’on suit toujours à la trace. Sa personnalité, son charisme, et sa franchise font qu’il est impossible de l’oublier. Il ne se passe pas une semaine à Bilbao sans qu’une de ses anecdotes ne ressorte. Il a offert du rêve aux gens et deux finales dès la première. Même si à la fin, plus personne ne pouvait supporter son degré d’exigence, le jour de son dernier match qui était aussi le dernier dans le vieux San Mames, tout le monde était debout et scandait « Bielsa, quedate ! (Bielsa, reste !). » Là encore, el Loco part mais son lègue est immense.

Bielsa à Marseille comme chez lui

Six mois de vie en Provence et déjà l’évidence : à Marseille, Marcelo Bielsa est le roi. Accueilli comme une rock-star dès qu’il a touché le sol phocéen , l’Argentin a tout de suite posé sa patte sur le club. Et comme à son habitude, pas qu’à moitié. Des travaux au Centre Robert Louis-Dreyfus , un bureau transformé en appartement quand le nouveau maître des lieux décide de dormir sur place. El Loco est le premier entraîneur à avoir littéralement les clés de la Commanderie ! Une reprise avancée de quinze jours, histoire de mieux faire les présentations aux joueurs sans doute, et un staff à rallonge, entre les hommes de confiance et les hommes du détail. Il y a là Javier Torrente, le collabo historique qui, comme lui, a échoué à faire une carrière professionnelle à Newell’s, et avec qui il avait collaboré à Vélez et à la tête de l’Argentine. Le couple se reforme à l’OM et n’a pas pris une ride. Le surnom de Torrente ? « Le Professeur », en raison de son obsession pour la rigueur tactique ! Il y a Pablo Quiroga, plus jeune que les deux monstres, ancien préparateur physique anonyme que Bielsa a embauché lorsqu’il était à la tête de la Roja. Surnommé « Notebook » depuis qu’el Loco lui a juste demandé de… détailler, découper et décortiquer toutes les phases offensives de la Coupe du monde 2006 en Allemagne (!), il est aussi celui qui a fait fondre Gignac et Mandanda cet été. Diego Torrente, petit frère de Javier, n’est pas le moins occupé : il a en charge la vidéo. Et puis, il y a Diego Reyes, Monsieur Plus, qui était là à ses côtés lorsque Bielsa est venu en avril prendre la température du club, et qui est aussi le seul de ses adjoints à parler français.

Mais la révolution Bielsa à l’OM, c’est aussi et surtout sur le rectangle vert. Là où la griffe marque le plus. En quelques semaines, le onze olympien, le même que la saison dernière puisque les recrues cirent le banc de touche, est transfiguré et marque la Ligue 1 de son empreinte. Du pressing à tous les étages, un don de soi jusqu’à la limite et du mouvement, du mouvement et toujours du mouvement. « Le joueur a toujours une bonne raison de courir, sauf celui qui a le ballon, car dans le foot comme dans la vie, réfléchir est essentiel. » Philosophique le Bielsa. Les résultats suivent, l’OM s’installe en haut du classement et Marcelo réussit son examen de passage à lui : « l’entraîneur est celui qui sait exploiter au mieux le potentiel naturel de chaque joueur. Si cela ne se produit pas, c’est l’entraîneur qui a échoué dans son travail, pas le joueur. » Aymeric Laporte, le défenseur central de l’Athletic Bilbao, nous disait encore l’autre jour. « Il insiste avec chaque joueur, pour chaque action, avec toujours les mêmes réflexes : avec lui, tout se joue au mètre près, tout est pensé à l’avance. » Tout un roman, quoi.