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Bielsa Argentina

Marcelo Bielsa a débarqué à l’OM précédé d’une pure réputation que ses premiers mois à Marseille n’ont fait que renforcer. Deuxième acte sur l’ancien sélectionneur argentin?

Portrait de Marcelo Bielsa Acte 2/3. Accéder au 1er acte du Portrait sur Marcelo Bielsa !

Camp retranché
et téléphone coupé

La méthode Bielsa commence à faire son oeuvre. Marcelo Bielsa crée une bulle et la membrane s’épaissit au fil des semaines. Il coupe ses joueurs du monde extérieur. Une autre de ses premières décisions est de quitter l’hôtel Presidente, lieu habituel de retraite du club, pour prendre place au lycée militaire aéronautique de Funes. Un camp retranché que Newell’s fait aménager en conséquence. Toute une aile est transformé en secteur privé. La climatisation est installée dans les chambres, de nouveaux matelas sont achetés et des stores installés. Très important les stores, pour que la lumière du soleil ne vienne pas perturber les siestes. Sinon ? Un billard, deux tables de tennis de table et quelques vieux flippers dans le couloir. Le monastère du footeux, quoi. Et puisque dans cette chapelle à lui, tout le monde doit suivre, Marcelo Bielsa ne se débine pas pour montrer l’exemple.

« Ma femme est enceinte et il y a des complications. Au cas où il y aurait un problème, je lui ai dit d’appeler ses parents. Ici, il n’y a qu’un téléphone. Vous ne pourrez l’utiliser que si vous en avez besoin pour une situation plus extrême que celle-là. »

Dans sa quête du détail, Bielsa a trouvé son eldorado. A vivre reclus dans pareil repaire, les joueurs se soudent et sont prêts à tout donner sur le terrain. Une équipe se dessine, le groupe prend forme et commence à faire mal. « Mon équipe ne renoncera pas au style de jeu caractéristique du Newell’s, mais mes joueurs feront de gros efforts sur le terrain. Tous le monde devra faire des sacrifices. Il existe un dicton qui dit :

« si tu joues bien, tu n’as pas besoin de courir. Nous, on tâchera de bien jouer et de courir. Je ne reprocherai jamais à mes joueurs un quelconque manque de talent. Mais je suis inflexible avec l’effort, parce qu’il ne dépend que d’eux. »

Bielsa, naissance du mythe

En deux saisons, les premières de sa vie de coach, Newell’s accroche deux titres de champion (championnat d’Argentine 1991, championnat de clôture 1992) et n’échoue qu’aux tirs au but en finale de la Copa Libertadores. Newell’s est champion d’Argentine en 1991 avec plus de 60% de buts marqués sur coup de pied arrêtés. Un hasard ? En plus de sa revue de presse quotidienne, où il découpe, surligne, déchire les pages pour récolter toutes les informations possibles et les classer par thème, avant de les remettre à ses joueurs, Marcelo Bielsa se fade trois matches de football par jour. En deux saisons, le petit génie du grand oral, l’entraîneur le plus jeune du championnat, est devenu l’idole absolue de Rosario, côté Newell’s.

« On ne fera jamais d’un type maladroit un phénomène. Mais on peut avoir un joueur plus intelligent, qui fasse de bonnes passes et propose des solutions. Je veux que chacun atteigne le seuil de son potentiel, sans se limiter à un rôle spécifique et en s’intéressant à toutes les phases de jeu. »

Bielsa dit ce qu’il pense et fait ce qu’il dit. Tata Martino, ancien entraîneur du FC Barcelone la saison dernière et nouveau sélectionneur de l’Argentine depuis le retrait d’Alejandro Sabella au lendemain de la Coupe du monde au Brésil, était la référence technique de l’effectif à l’époque. Et pour Tata, Marcelo, c’est un peu plus qu’un coach.

« Les entraînements tactiques étaient extraordinaires. Nous étions surpris par les variantes de travail. Il n’y avait jamais de répétition. Le but pouvait être le même, mais les façons de l’atteindre étaient différentes. Chaque exercice se distinguait l’un de l’autre, et pour nous, les joueurs, ce n’était que du bonheur. On avait vraiment envie de faire les entraînements tactiques. Bielsa était différent des autres non seulement par son envie de travailler, mais aussi pour sa capacité d’adaptation. Ce qu’il avait testé avec succès lors de ses années à la tête de l’équipe réserve, il le répétait avec l’équipe première. »

Même les phases de turbulences, quand la victoire échappe aux siens, Bielsa marque les esprits. Consciemment ou non, mais sincère, toujours.

« Je meurs après chaque défaite. La semaine suivante est un enfer. Si je perds, je ne peux pas jouer avec mes filles, je ne peux pas aller manger avec mes amis. Si je perds, c’est comme si je ne méritais pas toutes ces joies quotidiennes. »

Aussi, au moment de fêter le second sacre d’affilée, Marcelo laisse apparaître les premiers signes de lassitude. « Les gars, je vous ai tellement demandé . Maintenant, il est évident que je ne peux plus mener le bateau. Mon cycle est terminé. J’ai pris ma décision. » Première expérience, premiers triomphes de la méthode et des résultats, et premier contre-pied. Bielsa quitte « son » Newell’s en pleine gloire.

Le Mexique, le gigantesque laboratoire Bielsa

Direction le Mexique, remise à plat et nouveau départ pour le CF Atlas. Marcelo renoue avec ses premières amours : la formation. Belote, rebelote et dix de der. Dès son arrivée à Guadalajara, il tisse une toile redoutable de détection en plaçant des « scouts » absolument partout dans le pays. En même temps, il forme lui-même tous les éducateurs du club, en s’inspirant du foot européen, et notamment des phases de coups de pied arrêtés captées en Espagne, en Angleterre et en Italie, où la très tactique Série A ne le laisse pas indifférent. A tous les étages du club, la notion de travail et la répétition du geste sont les nouveaux étendards.

« On va faire 220 centres sur un type avec cette idée que le ballon et le joueur arrivent à une vitesse maximum et se rencontrent à un point donné. C’est ainsi que l’on marque des buts sur les coups de pied arrêtés. Sur les 220, cinq seulement vont arriver à destination, mais j’oblige le joueur à aller à la tombée sur tous les ballons. Si le type ne va pas sur l’un des 220 centres que je lui fais, je le tue. Je dois lui faire sentir que c’est comme s’il avait violé une femme. Parce que ce ballon qu’il n’a pas été chercher nous a enlevé notre argent, notre victoire, notre gloire, notre vie. »

Pavel Pardo, alors jeune pousse du centre de formation de l’Atlas (et plus tard international mexicain, champion d’Allemagne en 2007 notamment avec le VfB Stuttgart), n’oubliera jamais. « Si le préparateur physique n’intervenait pas, il continuait les séances jusqu’à plus soif. Jamais je n’avais connu des entraînements aussi intenses. On finissait complètement rincés. Avec Bielsa, tu apprends une certaine manière de vivre le football. » Hors du terrain, un col blanc de l’Atlas définira le cerveau d’El Loco comme « un laboratoire scientifique. » Revenu sur le banc de l’équipe fanion lors de la saison suivante, Marcelo présentera soixante fois sa démission à sa hiérarchie, qui la repoussera cent fois, avant de l’accepter au printemps. Bielsa reprend sa liberté et signe à l’América Mexico. Le mastodonte, le monstre, le plus gros club du pays. Nous sommes en 1995 et l’América regorge de grands noms : Luis Garcia l’idole du pays, Kalusha Bwalya, le meilleur joueur zambien de l’histoire et actuel président de sa Fédération ou encore… François Omam-Biyik, lion indomptable et accessoirement ancien de l’OM.

« Cela reste pour moi de très bons souvenirs. Il était encore un jeune entraîneur à l’époque, mais déjà c’était un travailleur. On passait beaucoup, énormément d’heures sur le terrain pour répéter les mêmes gestes. C’est avec lui que j’ai commencé à apprendre le travail tactique. Tant qu’il n’était pas satisfait, on pouvait rester sur le terrain un bon bout de temps, que ce soit pour réussir des touches, des coups de pied arrêtés ou des enchaînements de jeu bien précis. Lorsqu’il expliquait, il valait mieux lui dire qu’on ne comprenait pas, et lui demander de répéter, plutôt que de faire n’importe quoi sur le terrain. »

Ou comment François Omam-Biyik, deux Coupes du monde dans les pattes, premier buteur du Mondial 90 contre les champions du monde argentins a appris le travail tactique… à 29 ans, au moment de l’exil doré de sa fin de carrière !

« Déjà, les entraînements étaient divisés entre les défenseurs, les milieux et les attaquants. C’était un fou de travail, vraiment. Un passionné, mais un fou. Pas parce qu’il est tordu, mais parce qu’il aime ce qu’il fait plus que tout. Tant qu’il n’a pas le résultat qu’il attend, il continue. »

Le 3-3-3-1 devient une marque de fabrique, avec l’Ajax Amsterdam de Louis Van Gaal, champion d’Europe face à l’AC Milan, pour modèle. Comme à chaque fois, Marcelo Bielsa, fait ce qu’il veut. América ou pas. Sauf que là, il n’y résistera pas. A force de laisser les plus gros salaires sur le banc, le Président finira par trop s’étrangler. A la lumière d’une série de mauvais résultats, Marcelo se fait virer au mois de mars. Il retourne un temps à l’Atlas, pour retrouver la formation. Puis met le foot de côté. Pour de bon, mais pas pour longtemps.

Portrait Acte 2/3.
La suite de se portrait sera publié le 07 février 2015